22 juin 2007

Sarko... !?

Oui Sarko a parlé... Bon forcément j'ai regardé son intervention dans le journal de TF1... impressions mitigées.

D'abord reconnaître son grand talent. Objectivement cet homme là sait manier avec une dextérité exceptionnelle tous les ressorts de la communication efficace. Il joue très habilement sur tous les registres : séduction, colère rentrée, dénonciation, empathie... allant flirter avec le populisme et la démagogie... par usage immodéré de la simplification et de l'imagerie facile. Mais tout cela est utilisé avec suffisamment de talent pour pouvoir rencontrer l'assentiment du plus grand nombre.

Un autre de ses atouts est incontestablement de mélanger à ce point les thèmes et les sujets que l'on finit toujours par être en phase, en toute honnêteté, avec l'un ou l'autre des sujets qu'il aborde. Pas forcément d'ailleurs sur l'analyse - qui est souvent simplificatrice à l'extrême (d'où la teinte subtile d'un populisme non affirmé) - mais plus sur le constat initial. Alors on finit par lui donner un gage de modernité plutôt positif.

Loin d'y voir un risque d'autoritarisme ou de despotisme comme ont pu le dénoncer certain... je lui reconnais plutôt un souci de modernité qui colle à la société. Le style de présidence dans lequel il semble s'installer me parait être assez en accord avec la logique des institutions.

Il est vrai que l'on avait pris l'habitude de considérer que le Président de la République devait être une sorte de monarque élu, se situant loin des contingences matériels du quotidien. Ceci va complètement à l’encontre de l’élection directe au suffrage universel du détenteur de la fonction. La récente mise en accord de la durée des mandats entre l’Assemblée nationale et le Président de la République, plaçant de fait ce dernier en position de pivot de l’ensemble du système institutionnel. Le pouvoir législatif devient très logiquement l’outil permettant au Président de mettre en œuvre les engagements qu’il a formulés devant le peuple. Celui-ci lui ayant – implicitement – reconnu le pouvoir de les réaliser en l’élisant.

L’idée que le Président soit un sorte de PDG de la République, un vrai manager donnant l’impulsion et assumant la responsabilité du travail de son équipe (le Gouvernement), lequel dispose d’un directeur général (le 1er Ministre) responsable de la coordination du travail, est en cohérence totale avec la Constitution. Le Président a, de droit, l’usage de très nombreux moyens d’agir et d’influencer dans le sens de son programme, à travers les nominations dans de très nombreuses institutions.

A ce titre, le point de déséquilibre majeur se trouve tout de même dans la nomination des membres du conseil constitutionnel. Celui-ci étant le seul véritable juge suprême, sorte de garant absolu du respect du contrat social, il serait préférable qu’il ne fut pas nommé directement ou indirectement par le Président qui est - au fond – celui qui devient l’accusé devant ce dit conseil. En effet, si la logique du système est – comme je le crois – que l’Assemblée nationale appartient forcément à la majorité présidentielle, le Sénat le devenant à moyen terme, la Justice tenant ses ressources du Gouvernement… il n’y a plus vraiment de contre-pouvoir.

Plusieurs réformes permettraient de conserver ce positionnement moderne du chef de l’Etat tout en créant les conditions d’un contrôle de l’action de celui-ci. Puisque le Conseil Constitutionnel est l’organe de contrôle suprême de tous les pouvoirs de la République, à travers le contrôle des lois… il devrait être nommé au moins par les trois pouvoirs : le Parlement (le Législatif), le Président et son Gouvernement (L’Exécutif), et la Cour de Cassation et le Conseil d’Etat (le Judiciaire). On pourrait également renforcé le pouvoir de la Cour des Comptes en lui donnant un pouvoir de sanction. Un équilibre pourrait être retrouvé au sein du Parlement, en modifiant le mode d’élection des sénateurs, qui pourraient devenir les représentants des Régions. Qui deviendraient elles-mêmes le seul vrai pouvoir local au dessus des communes, ces dernières collant avec la taille des actuelles agglomérations ou communautés de communes. Tout cela fera un système plus cohérent, lisible et opérationnel que la complexité du mécanisme actuel.

Sur le thème des institutions, je dois dire que j’ai bondi en entendant Sarkozy s’exprimer devant l’impassibilité admirative des deux présentateurs (… impossible de parler de journalistes, encore moins de spécialistes politiques !) à propos de l’interdiction actuelle d’intervention direct du Chef de l’Etat devant le Parlement.

Il faut être bien ignorant de notre histoire constitutionnelle pour oser dire avec légèreté « Vous imaginez qu’actuellement, si je veux parler à l’Assemblée nationale, il faut que j’écrive un discours sur un papier pour qu’un autre le lise à ma place… »… Et oui cela porte un nom : indépendance des trois pouvoirs, leur total autonomie de principe de l’un par rapport à l’autre… En clair, oui le Chef de l’Etat ne peut pas personnellement intervenir devant le Parlement… pour ne pas pouvoir influencer et manipuler ce dernier personnellement en dernière limite. On sait bien depuis la nuit des temps et de mieux en mieux avec les sciences humaines et sociales combien l’homme peut être influencé quand il est en bande devant un leader. C’est cela qu’interdit actuellement la constitution : qu’un Président tribun et autoritaire puisse venir en dernière limite jouer par sa présence et son charisme l’intimidation devant un Parlement qui refuserait de voter un texte. Le passé regorge de telles situations.

En expliquant cela je ne pense pas une seconde que Sarkozy ait l’intention de jouer ce jeu là… mais les règles institutionnelles ne sont pas faîtes pour un homme… mais le plus souvent contre un risque ! C’est-à-dire qu’il ne faut jamais préjuger de l’avenir et des comportements des hommes dans le futur… les règles servent à cela. Par exemple, un contrat de mariage n’entraîne pas la crise entre les époux… mais tentent de minimiser l’impact négatif de celle-ci si elle survient un jour. Et tant mieux si le contrat n’est jamais mis en pratique faute de conflit !

Cet épisode est tout à fait significatif du populisme larvé de Sarkozy. Il simplifie à ce point les images, usant d’ailleurs d’un vocabulaire très connoté (écrire sur un papier quoi de plus désuet et ringard n’est-ce pas !? ou Envoyer quelqu’un parler à sa place… quelle lâcheté à l’ère de la communication directe !?) qu’il convainc forcément au premier degrés (en substance « moi je suis prêt à y aller, à les affronter »… il n’est donc ni un lâche ni un ringard, n’est-ce pas ?).

Un autre épisode très amusant est la contradictoire éhontée entre les arguments. D’un côté il vante le baisse de la pression fiscale… au nom du fait que « Je le leur rends leur argent »… et oui c’est le propre de l’impôt ça ! En disant cela il laisse entendre que l’impôt est injuste, qu’il n’est qu’un vol du « méchant » Etat qui pique l’argent dans le porte monnaie du « gentil citoyen »…

Et quelques minutes plus tard, il explique à quoi sert l’impôt en quelque sorte, en racontant – la larme à l’œil en nous expliquant dans le détail ce qu’est la maladie d’Alzheimer – qu’il est important que tout le monde mette la main à la poche pour financer collectivement la lutte contre les grandes maladies qui touchent « toutes les familles ». Et oui cela s’appelle accroître la pression fiscale, augmenter l’impôt pour lutter ensemble contre ce qui pose un problème à l’ensemble de la collectivité… comme les routes (lutter contre les difficultés de circulation et les accidents), les écoles (permettre à tout le monde de se construire un avenir), l’armée (être en capacité de préserver notre sécurité collective et individuelle), etc., mais aussi la pauvreté, l’inégalité, la répartition des richesses, la juste participation de tous à l’effort collectif au service des désirs et rêves de chacun…

Comment peut-on ainsi justifier à la fois la baisse pour certains… et la hausse pour tous ?

Alors globalement je suis curieux d’avance de voir la mise en pratique de ce programme et pouvoir mesurer l’impact sur la société de ce nouveau style et de ces nouvelles méthodes. Je pense qu’un certain nombre d’éléments seront une chance pour la communauté nationale. J’espère me tromper en craignant qu’il n’y ait un certain manque de sincérité chez cet homme là. Puis-je avoir tort lorsque je ressens chez lui une fascination pour le monde de l’argent et un certain mépris pour les plus simples et les plus besogneux… voire ceux qui se sont retrouvés exclus du système !

 

01:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarko, politique, président, reforme, constitution, parlement