10 février 2008
PREF mag
Je ne me souviens pas vous avoir jamais parlé de PREF mag. Lorsque j’ai découvert ce magazine à la parution de son premier numéro, il s’appelait « Préférences mag » avec accents et « s » final. Sa « base line » - comme on dit en marketing, sa signature en quelque sorte - n’était pas encore « Le magazine de nos préférences », mais plus maladroitement « le magazine des nouveaux genres ».
Le changement de titre apparu avec le numéro double de mars-avril 2005, contracte « Préférences » en « Préf ». Il y a encore un accent qui traîne ! Celui-ci disparaît dans le titre du n° 13 de mars-avril 2006. Par bonheur la base line actuelle a été officielle dès juin 2005.
Dès sa première parution ce magazine m’a plu pour de nombreuses qualités que l’on ne retrouve chez aucun autre magazine concurrent. Je les cite en vrac :
- une qualité iconographique exceptionnelle. Pas la peine de se cacher derrière son petit doigt… ou ce qui peut faire office de… Comment mieux identifier un magazine de genre, un magazine destiné aux Gays, que par sa couverture et ses photos intérieures ? Oui, seulement avec PREF mag, le choix des illustrations sort toujours de l’ordinaire. Si l’érotisme est présent, il interpelle le cerveau et suscite des émotions en décalage avec la vulgarité et la banalité. Dire qu’il sort des sentiers battus est trop faible ! Les mises en scène et la qualité de l’image sont du jamais vu dans la période contemporaine. Elles évoquent plus souvent un degré de recherche et une sélection que l’on va plus facilement trouver dans des magazines de mode très sélectifs et haut de gamme. Pour les plus vieux d’entre nous, elles nous rappellent ce que l’on a ressenti face à la maquette d’un ancien et éphémère « Samouraï » que j’achetais en cachette lorsque j’étais étudiant.
- un ton résolument intelligent. Qu’il s’agisse des articles de fond, des reportages, des informations ou même des nouvelles parfois publiées, le niveau d’écriture est très souvent d’une qualité plus proche d’une littérature de bonne facture que d’un magazine people grand public. Mais pas d’amalgame ! Il n’est ni difficile à lire, ni « intello » au mauvais sens du terme. Simplement il s’agit de papiers traités au fond, avec une approche ouverte qui tente à chaque fois de traiter une question dans ses ressorts les plus variés. Le ton souvent léger est de bon goût, c'est-à-dire qu’il ne tombe ni dans le pathos, ni dans la dérision. C’est une tonalité qui s’apparente souvent à une discussion intelligente entre personnes concernées par une problématique de la vie quotidienne.
- une vision communautaire ouverte. Si le public visé est clairement identifié : les garçons et les hommes homosexuels. Il ne confond pas le monde homosexuel masculin avec le monde spécifiquement masculin et parisien du Marais. Et oui, on peut être homosexuel et ne pas forcément comprendre et vivre exclusivement dans LE quartier gay parisien. Si je ne condamne évidemment pas celui-ci, il peut être parfois déconcertant de se sentir loin des références et du ton d’un grand magazine concurrent qui semble n’être écrit que par ou pour les habitués des dernières boites à la mode.
- un lectorat spécifiquement masculin. Il est parfois complexe de revendiquer la particularité des gays. Une forme de généralisation – ou de regroupement des minorités pour être plus fort – fait qu’il peut être difficile de traiter exclusivement des questions, des plaisirs, des difficultés, des goûts, des problèmes, des joies, etc. des garçons et des hommes gays sans les mélanger avec ceux des lesbiennes, trans et autres minorités sexuelles victimes d’autant d’interrogations ou d’ostracisme[1]. « Qui trop embrasse mal étreint » dit le proverbe ! Oui je peux ressentir comme une gène à devoir prendre en compte les particularités de toutes les minorités sexuelles dès lors que je souhaite aborder celles des gays. Je ne me retrouve pas en particulier dans les magazines qui se sentent obligés de s’intéresser à tous et de viser les publics les plus variés, à partir de l’angle de la minorité sexuelle. S’il est incontestable que certains aspects se croisent et gagnent dès lors à combattre en commun pour être plus puissants, plus efficaces ; la systématisation d’une telle approche finit par noyer les caractéristiques propres à chaque minorité. Le monde lesbien ne m’en voudra pas si je lui dis que mes goûts, mes envies, ma personnalité sont – par nature – totalement différents des siens. J’ai coutume d’utiliser la boutade suivante : au fond avec mes amies hétérosexuelles nous avons en commun d’aimer les hommes… ce qui n’est évidemment pas le cas de mes amies homosexuelles !
J’ai relu ces jours-ci le n°23 bimestriel de novembre décembre 2007. J’ai l’habitude d’acheter ainsi des magazines et de les lire au gré du vent au hasard de mon temps disponible. C’est l’exemple même des articles de fond franchement décapants qui interpellent. Lisez et relisez tout le dossier sur la rupture et les problèmes liés à l’outing. Tout y est dit et l’on se retrouve quel que soit son age ou son milieu. On y trouve des pistes de compréhension et d’éclairage sur sa propre situation. On y comprend mieux pourquoi les choses ne sont pas si faciles que l’on voudrait nous le faire croire à l’heure du Pacs…
Que celui qui n’a pas lu ces pages cesse à jamais de dire que l’homosexualité n’est plus un problème en France ! Que celui qui n’a pas été touché par la situation d’un ado ou d’un jeune adulte chassé de la maison familiale, parce qu’il a annoncé qu’il est homosexuel, cesse de citer la présence d’un gay à la tête de grandes villes comme Paris, Berlin ou peut-être bientôt Londres pour démontrer que tout va bien dans le meilleur des mondes !
Je ne gagne rien à vous donner le conseil suivant : lisez PREF mag ! Homo ou hétéro peut importe ! Vous comprendrez mieux pourquoi la solution espagnole qui refuse de faire une distinction entre les droits des uns et des autres est LA bonne démarche. Et puis, vous verrez… en plus il n’est pas déplaisant d’y tourner les pages et de tomber sur de jolies images !!
[1] bannissement, racisme… homophobie plus précisément ici !
13:50 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : magazine, gay, homosexualité, lecture, actualité

