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24 octobre 2007
Pourquoi ne pas remettre au lendemain…
J’adore cette histoire de l’écolier qui attend l’heure où sonne la cloche du début des cours pour se précipiter chez le fleuriste du coin de la rue. Il achète son petit bouquet et se dirige d’un pas tranquille vers la classe où il sera en retard. Son sourire contient tout le plaisir qu’il anticipe à remettre ces quelques fleurs à sa maîtresse en prenant l’air le plus désolé possible. Il sait qu’elle va balancer quelques instants entre des sentiments contradictoires. Elle sera furieuse qu’il soit – encore – en retard. Elle sera touchée parce qu’il aura – encore – une bonne excuse. Elle tentera de ne pas se laisser attendrir par cet air contrit mais sera bien obligé d’accepter les fleurs… Il serait incompréhensible qu’elle ne les prenne pas ! Et voilà comment être sûr qu’aucun n’autre élève ne marquera son empreinte de manière aussi originale. Tous ceux qui tenteraient de l’imiter ne seraient que de pâles copies devant tant de savoir faire.
Oui parce que procrastiner est un art ! Il s’apprend très jeune et nécessite des heures d’entraînement. Il ne faut pas croire qu’il est aisé d’affronter les conséquences de son retard. Au début on teste surtout sa capacité à faire les choses dans le stress et l’angoisse de la dernière minute. La satisfaction que l’on en retire est sans proportion avec celle de remettre son travail en temps et heure. Dans ce dernier cas il y a juste le plaisir d’être arrivé au bout d’une tâche. Dans la situation précédente, il y a non seulement ce même plaisir, mais en plus la jouissance d’être parvenu à surmonter une situation qui paraissait impossible.
C’est un peu la différence qu’il y a entre traverser dans les passages piétons en regardant d’abord des deux côtés, pour vérifier que la voie est dégagée… et forcer le passage dans une circulation dense, là où les automobilistes vont être obligés de freiner pour éviter de renverser « l’inconscient ».
L’impression de surmonter l’impossible, d’imposer à l’autre son propre rythme, de dépasser le risque banal pour atteindre un risque suprême, voilà quelques sensations que seule la procrastination peut offrir.
Mais elle fait aussi beaucoup souffrir.
D’abord il y a toutes ces heures perdues à occuper le temps pour ne pas être disponible pour la tâche à réaliser.
Là plusieurs options sont possibles.
La plus facile est la suractivité : remplir l’agenda de tâches subalternes simples. Les activités ménagères du quotidien en offrent un catalogue fantastique. Cela ne demande aucun effort, libère le cerveau et est très chronophage… Surtout si on s’y attelle avec suffisamment de perfectionnisme !
La plus élaborée peut vous entraîner vers quelques dérives. On s’appuie alors sur tout ce qui vous fait oublier le temps et les contraintes. Certains usent de drogues illégales ou de drogues légales, comme l’alcool. D’autres s’accrochent à des activités compulsives et répétitives, comme les jeux informatiques ou des activités sportives très intenses. Quelques autres occupent plutôt leur temps dans des plaisirs sexuels sans effort et sans lendemain.
Dans tous les cas, la sensation de satisfaction immédiate est intense ; sans quoi l’activité choisie n’est pas utile.
Mais le réveil est toujours douloureux.
Parce qu’il y a toujours le moment où la tâche principale, remise à plus tard, revient sur le devant de la scène. Et le temps commence à manquer et/ou les conséquences commencent à devenir très périlleuses. Le stress monte.
Alors vient une souffrance supplémentaire : la culpabilité d’avoir - encore - sombré dans ce que l’on ressent comme de la légèreté ou quoi que ce soit d’insupportable et de négatif.
L’angoisse suit de près : « Je n’y suis pas encore arrivé, je n’y arriverai pas ».
Avec le temps on devient très clairvoyant sur le jeu que l’on mène.
Si au début on peut être un procrastinateur inconscient, il est rare qu’on le reste longtemps. Les conséquences les plus fâcheuses, ou les plus douloureuses, permettent d’en prendre conscience. Il est, en effet, inévitable de se retrouver à flirter avec le danger… de perdre son travail, de perdre son conjoint, de perdre ses amis, de perdre de l’argent, de perdre des avantages de quelle que nature qu’ils soient. Alors on prend peur, vraiment. On se jure, devant sa conscience la plus vive, que jamais, au grand jamais on ne nous y reprendra… jusqu’à la fois suivante !
A force on devient un véritable expert de sa névrose et l’on finit même par être capable d’utiliser tout son temps à analyser le temps que l’on passe à ne pas faire ce que l’on devrait faire… On invente l’arme absolue : l’analyse de la procrastination en action ! Plus l’analyse avance, plus l’objet de l’analyse prend de l’importance… puisque l’analyse est devenue le moyen de faire vivre l’objet. Elle sert à utiliser le temps à ne pas faire ce qui devrait l’être !!
19:40 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ecriture, psychologie, procrastination, souffrance, risque
Commentaires
quel serieux avec ce blog...et dire que tout celà est de ma faute !!!
Ecrit par : esteban ou egidioB | 07 novembre 2007

