« Encore au delà... | Page d'accueil | Infantilisation »

13 janvier 2006

Ce qui nous motive...

Yann Moix a raison : Le monde est une gigantesque partouze ! Non, il n’a pas dit ça… tout au moins pas encore au stade où j’en suis de la lecture de son livre éponyme[1] (p.40). Simplement déjà j’acquiesce à son propos en totale fusion !

 

L’Histoire, la grande – celle que l’on écrit avec une majuscule… celle qui compose les livres « officiels » que l’on étudie à l’école – comme la petite – celle qui constitue la « matière » des sociologues, ethnologues, romanciers, psychologues, piliers de bar, moi et vous… - n’a de sens que si l’on regarde la place que le sexe y tient !

 

Et oui, Mohammed Atta pourrait très bien avoir jeté son Boeing sur le World Trade Center par dépit amoureux… immédiat ou plus ancien. Quand bien même il serait assez inconvenant de parler ainsi brutalement de sexe… - imaginez que j’écrive la même chose en parlant « d’amour »… et là tout un chacun de se pâmer « Ah oui, l’amour est au cœur de toute chose ! » - Oui sauf que la finalité de l’amour est tout de même le plaisir sexuel que l’on y prend ; qu’importe le fait que la jouissance soit dans les mots, l’échange, le regard, la voix, l’oreille, le contact physique, l’éructation, les vers, l’orgasme ou le temps passé à contempler à deux un coucher de soleil… La recherche d’une densité maximale de bien-être physique est LA motivation.

 

C’est si beau et bon à la fois !

 

Alors, forcément, lorsque l’on n’obtient pas immédiatement cette sensation, on peut mettre à jour une grande force, capable de tout pour obtenir son objet… ou à défaut détruire tout ce qui s’y oppose !

 

N’avez-vous jamais ressenti cette pulsion totale et absolue d’un monde restreint à la quête d’un regard, d’un son, d’un effleurement de l’être aimé ?

 

Il y a peu, alors que je délaissais ce blog pour des raisons de déplacement professionnel, j’ai songé un moment à détourner la Pétrolette[2] qui m’amenait de l’hôtel au bureau rien que pour obtenir l’attention un instant de ce « Martin d’été »[3] qui me hante inlassablement depuis peu. Rien que pour obtenir une réponse à mes courriers, à mes messages ; rien que pour obtenir qu’il pose un instant sa main sur mon bras ; rien que pour sentir sa peau contre la mienne ; rien que pour entendre sa voix au creux de mon oreille ou le gémissement de son plaisir ; rien que de penser une seconde que le plaisir qu’il me donne n’a d’égal que le plaisir qu’il ressent ; rien que… rien que… mais tout et tellement ! Pour cela, le World Trade Center est totalement insuffisant !

 

J’aime la recension par Yann Moix de quelques courriers de personnalités qui montre la place qu’occupe le dépit amoureux dans leur vie. Imaginez le choc de lire sous la plume de Napoléon « … un tendre amant doit-il perdre ses droits parce qu’il est loin, chargé de besogne, de fatigue et de peine ? Sans sa Joséphine[4], sans l’assurance de son amour, que lui reste-t-il sur la terre ? Que ferait-il ?... » Songeons que le même personnage se trouvait à ce moment là à la tête de la Campagne d’Italie et que des dizaines de milliers d’hommes souffraient et mourraient sous ses ordres !

 

Oui mais voilà… la pudeur, la peur, l’insensibilité, le dédain ou mille autres raisons peuvent motiver en face l’absence de réponse ou une réponse subliminale, virtuelle, sans commune mesure avec l’attente initiale. Ainsi me suis-je entendu dire par l’objet de mes pensées qu’il me donnait « signe de vie » régulièrement lorsque nous nous croisions sur MSN… fut-ce par un minuscule émoticone glissé dans une fenêtre furtive ! Bien sûr cette réponse représente sans doute beaucoup pour lui… là où moi je ressens le besoin d’assembler, comme je peux, des centaines de mots afin d’exprimer mes pensées, mes sensations, ma quête… Et où je me rends compte que mon moral atteint des sommets parce que j’ai entendu – un millième de seconde - dans sa respiration qu’il souriait en réponse à une phrase sans importance au téléphone ! Que faire contre cela ?

 

Que faire contre cela ? Se détruire, tout donner, s’abandonner n’aboutirait qu’à faire fuir l’objet de son désir. Alors on sublime, on extrapole et on construit des cathédrales à la gloire de l’univers. Ce qui donne, modestement, dans la vie d’un homme simple, une énergie nouvelle investit dans son travail, une envie de réalisation, une raison de se lever le matin, une inspiration pour écrire, le goût de manger, de boire, de goûter avec finesse et sensualité quelques mets rares… et pour d’autres l’appât du pouvoir, de l’argent, de la gloire ou pour quelques-uns la recherche d’une souffrance expiatoire, d’une vexation totale, d’une humiliation absolue, d’un masochisme sous toutes ses formes, à l’exclusion de la seule, de l’unique soumission : s’offrir à l’être aimé !



[4] Amusons-nous un instant d’une étonnante proximité dans cet écrit : cette fameuse Joséphine est née le 23 juin 1763 à Trois-Ilets en Martinique !

 

Ecrire un commentaire