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27 novembre 2005

Au delà des représentations

Depuis que l'écriture a offert aux poètes le cadeau magnifique de l'éternité, nombreux sont les témoignages sur l'interrogation que ne cesse de poser l'alchimie de la rencontre entre deux êtres.

Chacun se confronte inlassablement à cette question de la place et du sens de l'autre dans sa vie. Il n'est pas de réponses qui valent pour tous, il n'est pas de catégories qui ne soient un jour ou l'autre remises en question.

La difficulté tient souvent dans la volonté inconsciente que l'on met à vouloir faire entrer une rencontre dans un concept qui se voudrait simple - et par là même, rend la chose compliquée, parfois impossible, souvent contrariée. Est-ce de l'amour, de l'amitié, un simple échange, une pulsion charnelle, de la sociabilité, de la bienséance, du copinage, de la fraternité, du lien familial, de l’intérêt commun ou unilatéral, etc. ?

L’envie de comprendre, conjuguée à la nécessité d’adopter le bon comportement pour faire durer, pour répondre à l’attente de l’autre, pour s’y retrouver soi-même, nous pousse à tuer dans l’œuf des relations qui pourraient connaître de riches lendemains. Souvent nous entrons trop vite dans une classification qu’il est très dur d’abandonner en route ou de faire évoluer vers une autre dimension. Et nous nous retrouvons alors face à l’échec d’un échange qui ne sait plus quel code respecter, quelle attitude utiliser ! Pris au piège du premier mot, premier geste, premier regard, nous nous heurtons à l’évolution indispensable mais rendue impossible parce que l’on croit celle-ci définitivement inscrite dans un seul champ de pertinence.

Pourtant il arrive que de belles rencontres illuminent notre vie et nous sortent de cette impasse. Nous ne nous soucions pas de les qualifier, elles s’offrent simplement à nous comme ça. Deux êtres se parlent, se livrent, s’offrent l’un à l’autre, dans la beauté de l’instant, sur un registre sans frontière, sans chemin balisé. Et là, surprise, tout semble plus facile et plus riche. On peut alors voir défiler les genres et s’en amuser. La souplesse que donne ce risque de l’ouverture absolue nous fascine. Nous vivons un moment qui ne ressemble à aucun autre et qui se répète autrement le jour suivant. Nous luttons – bien sûr – contre nous-même et notre désir de donner un nom à l’émotion qui nous étreint. Nous voudrions, par exemple, y voir de l’amour, mais redoutons ce que cela signifie d’engagements, d’attentes, d’espoirs…

Bien évidemment, si j’écris cela aujourd’hui c’est parce que j’ai croisé il y a peu un tel être. Je me suis interrogé sur l’état de mon ressenti et je commençais à chercher le pourquoi de l’augmentation de mon rythme cardiaque lorsque je le vois s’avancer vers moi, la couleur qui convient à l’attente de ses nouvelles, la raison de mon bien-être lorsque je le quitte et qu’il occupe encore tout l’espace de mes pensées…

Notre relation a commencé sur un registre qui n’était pas aisé à qualifier tant elle prenait de-ci de-là à la curiosité, à la sexualité, à l’aventure, à la sensualité, à la spiritualité, à la confrontation intellectuelle… Dès lors, j’ai intuitivement opté pour l’absence de sens, pour le simple plaisir de l’échange, pour le « vivre » et non le « comprendre ». Et là surprise, tout devient possible et agréable. Les marges n’ont plus de valeur. Les mots s’offrent une totale liberté. Chacun peut offrir à l’autre l’impudeur de sa pensée brute, la clarté de son désir du moment. Tout devient effectivement simple et doux. La confiance remplace l’angoisse.

Et je ne trouve qu’une seule explication à cet état de fait : nous n’avons ni l’un ni l’autre qualifié notre rencontre, nous n’avons installé celle-ci à l’intérieur d’aucune frontière. Alors nous pouvons nous déplacer sur tous les chemins, constater sans regret que parfois nous ne nous suivons pas et avec joie que nous nous retrouvons sur des territoires que l’on ne pensait pas communs. La suprême liberté de l’échange sans a priori. Être offert au regard de l’autre sans crainte et porter le sien sans jugement. Se dire qu’il y a déjà un passé et un présent, que quoi qu’il arrive le futur sera riche de ceux-là !

Commentaires

Magistral votre texte! Très belle manière d'exprimer les "contradictions" là où elles ne le sont pas vraiment ! Je m'y retrouve beaucoup dans votre réflexion. Vous traduisez bien mieux que moi en mots ces sentiments qui nous étreignent et qu'on catégorise incongrument, cette classification pouvant devenir un piège et paralyser des relations.

Rédactionnellement vôtre!
Walter Brown

Ecrit par : Walter | 28 novembre 2005

Merci Walter pour cet commentaire sympathique.
Repassez quand vous voulez !
Yo

Ecrit par : Yo | 28 novembre 2005

Oui, tout à fait! Ah! comme le mental est compliqué, alors que la vie est si simple! Être légers comme le vent, fluides comme l'eau, entrer dans "le sentir" plutôt que réfléchir. Aimer, jouir, vivre. Tout simplement Vivre. Redevenir l'enfant qui sait jouer et s'émerveiller sans se poser d'inutiles questions.
Merci pour ce texte, Yo.
Amitiés

Ecrit par : Cristal | 29 novembre 2005

Ces mots sonnent très justes , si tout le monde pouvait être sur cette longueur d'ondes ....il n' y aurait que des relations fluides et souples ; avec des si ...et do re mi fa sol la si...

Ecrit par : myriamdiv | 30 novembre 2005

L'AU-DELA DES REPRESENTATIONS

Pour aller au-delà des représentations
Il convient d'éliminer certaines conventions
Voire même la totalité, ce sera plus clair
Pour sortir de cette gangue de misère

Il faut retrouver les principes essentiels
Qui permettent d'approcher au plus près l'éternel
En particulier, la pierre angulaire de ce monde
"Tout est Un" est la phrase clé qui la fonde

Et au cours donc de cette rencontre, qui peut
Bien pouvoir être celui qui te rend si heureux
Si la rencontre n'est polluée par aucun mental
N'existe en fait qu'un miroir et son reflet idéal

L'avoir oublié te fait croire inconsciemment
Que de toi ils sont tous éloignés et différents
La pieuvre mentale te fait te prétendre supérieur
Alors que ton existence n'est ni pire ni meilleure

Que celle du dernier des fascistes ou des voleurs
Un seul Etre est ce je qui s'exprime par ailleurs
Dans toutes les bouches de cet univers merveilleux
Dans ce cas, qui donc peut bien se prétendre malheureux

Ecrit par : gmc | 30 novembre 2005

Merci GMC de cette contribution élégante. Tu dis avec art certaines convictions que je partage...
Je n'adhère néanmoins pas totalement avec deux de tes visions :
1- Pour moi l'autre n'est pas un miroir dans lequel se refléter. C'est justement parce que l'on s'oublie dans l'autre, pour se concentrer complêtement dans ce qu'il est, en dehors de moi, que la vraie rencontre peut se faire.
2- Ce point est plus une nuance : l'autre n'est pas le seul Etre. Un des points qui, à mes yeux, permet la rencontre s'appuie sur l'idée majeure que l'autre n'est pas dans une relation exclusive avec moi. Autrement nous ne sommes qu'un moment ou qu'un élément de la vie sociale de l'autre, nous respectons l'un et l'autre l'existence de temps de vie qui nous échappent dans l'organisation de l'autre.
Quoi qu'il en soit, toujours heureux de cet échange.

Ecrit par : Yo | 30 novembre 2005

- la pensée humaine ( = 100% de conditionnements) ne sait pas répondre à la question "qui suis-je?". il est donc délicat de produire autre chose qu'un point de vue qui par essence ne peut être que faux ou déformé.
- TOUS les grands courants spirituels décrivent la réalité suivante: "Tout est Un", autrement appelé principe d'unicité, chacun l'abordant sous une perspective différente.

alors, si "Tout est Un", qui est cet autre?

Un seul Etre sous des milliards d'aspects: la "tragédie" humaine commence quand on se prend pour une apparence créée par le mental incontrolé auquel la conscience est prostituée. un doigt existe-il hors d'une main? l'humanité est une main à six milliards de doigts dont la majorité croit qu'elle a un avenir et un destin individuel, et l'invention de l'autre c'est le début de la guerre même si on appelle cela amour...
jamais tu ne seras en mesure de démontrer la réalité d'êtres individués, seules les apparences le sont

Ecrit par : gmc | 30 novembre 2005

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