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12 novembre 2005
Un livre
Seuls les mots me font cette violence. Jamais rien n’a su m’emmener là où eux me projettent. Un livre se sont des heures d’absence extérieure et de présence intérieure d’une telle profondeur que rien ni personne ne peut m’en extraire. Un livre c’est l’univers sans fin.
L’usage… et le bon sens (!) veulent que l’on attende la fin d’une rencontre pour en parler. Que l’on attende de savoir si la conclusion sera à la hauteur du chemin parcouru. Et il m’est arrivé de réserver, par intuition, mon avis sur une lecture en cours et de m’en féliciter. Ce soir j’ai envie de briser toutes les inhibitions, de sortir de ma réserve (avec calme et sérénité bien sûr !) pour vous conter ce que je vis en ce moment avec un ouvrage d’une densité inhabituelle. Je ne l’ai pas encore achever, mais il m’en coûte tant de le quitter que je prolonge un instant cette douce violence pour vous inviter à m’y rejoindre.
Tout ! Tout y est ! Un personnage hors du commun – la chose la plus difficile qui soit : biographier un homme encore dans les mémoires tout en restant crédible et émouvant. Un rythme : celui des phases d’une histoire qui en compta de nombreuses et fort disparates. Une émotion et un étonnement : se retrouver à sentir au plus profond de soi ce que l’auteur à voulu rendre de la sensibilité de son héros.
Que celui-ci parle à la première personne (très rarement) ou qu’il soit observé par tous ceux qui ont virevolté dans sa lumière, et l’on se sent recouvert de l’épiderme ultrasensible d’un homme qui n’offre pourtant aucune prise avec soi-même. On vit de l’intérieur le parcours, la douleur, la totale dévotion du jeune Rudy pour la danse. On s’enivre et on pleure des bonheurs et des souffrances de l’éclatante étoile mondiale. On se roule dans la fange des plaisirs sans limites de l’homme vorace que personne ne rassasiait.
On est promené dans les vieux trains brinquebalants de la défunte URSS, roulant sur les cadavres de soldats morts de froid depuis si longtemps, sentant le léger picotement de la pomme de terre que l’on mange en hésitant dans la maison en bois de la vieille danseuse. On la savoure comme une sucrerie jamais goûtée jusqu’alors. Plus tard, beaucoup plus tard, peu importeront les saladiers de caviars et les vingt marques de champagnes les plus prestigieuses. Celles-là on les boira sans égard !
L’extravagance d’un bouton cousu maladroitement sur un chausson donne plus à voir, que toutes les rebuffades et vexations pour s’imposer dans le temple du Kirov. Après, tout s’enchaîne de manière absolument inattendue mais parfaitement logique. L’extrême cohérence du danseur et de l’homme fait que son parcours est encore plus étincelant de singularité.
Avez-vous déjà dansé ? Je veux dire chaussé la tenue adéquate et tenté, ne serait-ce qu’un entrechat sur le parquet cirer d’un plateau de théâtre ? Moi jamais ! Et pourtant j’ai compris, j’ai ressenti l’astuce de l’aveugle qui s’appuyait sur le témoignage des lattes pour corriger le geste malhabile d’une danseuse. J’ai eu mal à la jambe et au dos, lorsque ayant trop abusé d’entraînement je n’étais toujours pas satisfait de ce pas. J’ai souffert d’un étirement musculaire. Mais j’ai ris également de la violence de mes propos. J’ai joui violemment et à répétition de ce pilote d’avion et de ces hommes inconnus pour oublier celui sublime qui m’égalait et partageait mes jours durant de longues années.
Je suis entré dans Noureïev. Belle émotion n’est-ce pas ? Mais ne vous y trompez pas ! Ce n’est ni de la projection, ni de la schizophrénie, tout le simplement le talent d’un auteur qui s’exprime dans un livre… à vous de le découvrir !
NB Pour en savoir plus sur l'auteur : Colum McCann
23:30 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, danseur, columMcCann, livre, bouquin, noureiev




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