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06 novembre 2005
Rue de la Bidassoa
Il y a 7 ans, quasiment jour pour jour... un regard volé, une espérance furtive.
Ses lèvres sont dessinées avec une délicatesse inhabituelle. La peau de son visage donne l’impression d’être douce et lisse. Il porte un petit anneau d’or à l’oreille gauche. Il doit avoir environ 25 ans. Ses vêtements laissent imaginer un corps sportif, des jambes fermes avec des cuisses musclées. Sa carrure est large. Deux yeux noirs se dissimulent derrière ses paupières mi-closes.
Il est assis sur un strapontin dans le coin éloigné de la porte au bout du wagon de ce métro d’une fin d’après midi d’un samedi de novembre. Sur ses genoux, un sac noir porte le logo de la coupe du monde de football 1998. Un bonnet cache la couleur de ses cheveux.
Il est beau. Je ne peux cesser de le regarder…
Un passager descend. Il change de siège en se rapprochant de la porte. Il me fait face.
Ses paupières sont complètement fermées à présent. Il s’assoupit. Sa tête est très légèrement inclinée sur son épaule gauche. Il esquisse un sourire… Où l’emmènent ses songes ?
Nous voilà arrivés à l’arrêt «Gambetta». Je m’approche de la porte située à côté de lui.
Ses yeux s’ouvrent. Il se relève. Il est un tout petit peu plus petit que moi. Nous sortons du wagon en même temps. Je passe devant lui et prends vers la gauche. Je pense qu’il prend la même direction.
J’avance dans la foule, puis me retourne. Je ne le vois plus ! Je m’arrête. Je regarde au loin les voyageurs qui se dirigent vers l’autre extrémité du quai. Oui… je l’aperçois son sac sur l’épaule, avançant vers la porte. Je crois distinguer qu’il regarde rapidement vers l’arrière en tournant à demi la tête…
Je réfléchis et, en un éclair, décide de le suivre !
Mon pas est le plus banal possible, tentant de donner l’impression de suivre mon chemin normal. Je marche néanmoins plus vite que la moyenne des gens. Je ne veux pas le perdre. J’ignore s’il existe de ce côté plusieurs sorties.
Je monte l’escalator et me trouve face à un croisement. Je suis les passagers qui me précèdent et je prends la direction de l’escalator suivant. Il semblait plutôt fatigué, l’effort des marches de l’escalier non mécanique ne l’aura probablement pas attiré.
Oui je le vois poussant la porte vers la sortie. Il prend son temps se laissant doublé par la majorité des personnes.
Je pousse à mon tour la porte. Il est à quatre ou cinq marches au-dessus de moi. Son jean noir met en valeur une jolie paire de fesses rondes et fermes. Ses cuisses tendent le tissu.
Il regarde discrètement sur le côté. Je sais qu’il me voit. Je m’arrête en haut des marches pour lui laisser le temps d’une réaction et de choisir son chemin. Il descend la rue, je le suis. Au coin, il se retourne, nos regards se croisent, mon cœur se met à battre plus fort. Il continue, tourne le coin de la rue qui le dissimule désormais à mes yeux.
J’accélère en avançant tout droit jusqu’au bord du trottoir. Je regarde la rue qu’il a prise. Il est arrêté. Il regarde dans ma direction en se cachant.
Je me retourne, prend la direction opposée, pensant lui indiquer ainsi que je cherche qu’il me montre son intérêt. Je fais quelques pas et m’arrête. J’allume une cigarette, fais un demi-tour en balaye l’horizon d’un rapide coup d’œil circulaire.
Je renouvelle mon observation… rien… le beau jeune homme a disparu !
Mes pas me portent vite sur le lieu où je l’ai vu il y a trente secondes… personne !
Je contourne le coin de la rue et remonte en direction du pâté de maisons dans lequel il a dû s’enfoncer.
Je fais tout le tour de celui-ci regardant partout à la recherche de son ombre, de son pas furtif, d’une porte qui se ferme, d’un bruit de serrure, d’une portière de voiture… du moindre son, de la moindre lueur… rien. Pas le début du moindre indice de sa présence !
Je suis triste. Je reprends la direction de chez moi… à l’opposé… Je me retourne deux ou trois fois en espérant qu’il est réapparu… qu’il s’amuse à se cacher de moi pour mieux me suivre… Las, triste, un peu déçu, je constate que je suis seul sur le trottoir, que personne ne me suit, qu’il n’était qu’un clin d’œil suffisant pour réveiller mon désir, mes rêves, mes fantasmes.
Je rentre chez moi !
Je garde l’image très claire de son beau visage et de ses lèvres si finement ourlées…
15:50 Publié dans Rencontres | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Ecriture, rencontre, homosexualité, hasard, rue, paris, rêve
Commentaires
Arrêtez de me suivre, ça suffit maintenant! Avouez que je vous ai bien eu...
Trés beau texte M'sieur!! Mon chapeau...
Ecrit par : Rimbaud | 06 novembre 2005
J'aime ce genre d'histoires communes, mais terriblement personnelles à la fois ...
i love you... litterairement bien entendu, toujours !!!
Ecrit par : egidioB. | 21 novembre 2005
Hello, hé oui des aventures comme ça j'en ai vécu aussi... A Paris, vers Cambrone où j'habitais, à Marseille du côté de la gare, vers la fac... Et combien de fois dans des lieux publics, au cinéma, à la piscine... J'imaginai une conivence, je nous voyais déjà échanger quelques mots, et... faute à pas de chance, ou victime de mon imagination... Rien ne se passait...
Ecrit par : Stéphane | 29 janvier 2006
Ça m'est arrivé... trois fois... la première fois fut la bonne... J'ai rencontré mon compagnon dans le métro il y a cinq ans. Un seul regard a suffit et nous vivions ensemble depuis ce soir là ! (Et si, c'est possible !). Depuis il m'est arrivé par deux fois d'être suivit dans le métro. J'ai trouvé ça flatteur mais gênant...
La première fois je partais de la fac pour le boulot, il y a trois ans. Un garçon d'environs mon age, charmant, avec une grande pochette à dessins qui le cache à moitié s'engouffre dans le métro en même temps que moi. Je n'y fais pas trop attention si ce n'est à cette satanée pochette qui me coupe la sortie. Finalement je descends pour changer de ligne. Il me suit. Jusqu'ici je me dis qu'il est tout à fait possible qu'il suive le même parcours que moi. Je deviens plus suspicieux une fois qu'il s'assit à nouveau à côté de moi, toujours avec cette pochette qui barre le passage mais avec un sourire engageant cette foi. Comme un idiot, par automatisme ou mimétisme, je lui retourne son sourire. Ainsi encouragé j'imagine, il descend à al même station que moi et me suit jusqu'en bas de l'immeuble où je travaillais alors. Franchement gêné par la confusion que j'ai pu suscité je lui ait juste adressé un signe d'au revoir pour entré dans l'immeuble accessible seulement avec carte magnétique.
Une seconde fois, bien plus touchante... Le jour de noël 2002, gare Montparnasse. Je raccompagnais ma mère et ma soeur pour prendre leur tgv après avoir passé le réveillon chez moi. Un autre jeune homme, un peu plus âgé que moi, en faisait de même. On s'est retrouvé côte à côte à dire au revoir à nos familles. Sa mère n'avait plus de batterie et souhaitait appeler son mari. Ma mère lui a prêté son portable. Le train est parti. Je longe alors le quai pour rejoindre le métro et je me rends bien compte qu'il me suit. Un garçon assez élégant, plutôt commun, pas très grand, châtain, aux yeux marron, mais avec un certain charme et surtout avec une apparente sensibilité à fleur de peau. Je l'imaginais seul rentrant chez lui, de mon côté je me réjouissait de rentrer chez moi retrouver mon compagnon. A cette pensée j'ai imperceptiblement accéléré le pas pour semer le jeune homme à un angle laissant le choix entre deux directions de la même ligne. Il a choisi la mauvaise et il s'est retrouvé sur l'autre quai au moment où ma rame de métro s’engageait sur la voie. Pris de sympathie pour lui je lui un fait un signe d'au revoir et il a levé les bras dans un geste d'impuissance avec un sourire triste qui disait dommage. Ça m'a vraiment touché. J'espère que depuis il a rencontré un garçon aimant. Le plus drôle, c'est que pendant ce temps là nos mères discutaient ensemble dans le train et se rendaient compte que leur mari respectif était collègues et se connaissaient. Du coup, je connais son nom. Ma mère avait déjà remarqué son manège sur le quai de la gare, avant même que je ne m'en aperçoive. C’est un souvenir émouvant.
Ecrit par : Loïc | 31 janvier 2006

